Un retour aux sources
En tant que fan de la première heure de l’univers de Saint Seiya, j’ai toujours été fasciné par la richesse de son mythe, la profondeur de ses personnages et l’audace de son scénario. Comme en atteste la multitude d’articles publiés sur mon blog, je reviens sans cesse vers cette saga, incapable de m’en détacher. L’annonce de Saint Seiya Next Dimension a donc été pour moi une aubaine, mais aussi une source d’interrogations : comment Masami Kurumada allait-il prolonger l’épopée des Chevaliers du Zodiaque, après la fin du chapitre Hadès et l’échec – immérité – du film Tenkai-hen Jôso ?
J’ai patiemment acheté chacun des tomes en couleur, refusant d’attendre plus d’un an pour lire chaque volume, et tout lire d’un coup. Au départ déçu de ne pas avoir la suite directe du Tenkai Hen Jôso, j’ai été très agréablement surpris par la qualité de cette œuvre, malgré quelques incongruités propres à l’auteur (comme le Chevalier d’Or du Cancer, dont le traitement a pu laisser perplexe). Next Dimension s’impose aujourd’hui comme un jalon essentiel, une œuvre testamentaire où Kurumada explore des thèmes profonds : le temps, la maladie, la mort, et la résilience.

Next Dimension : entre prequel, sequel et alterquel
Saint Seiya Next Dimension n’est ni tout à fait une suite, ni tout à fait une préquelle. C’est ce que certains appellent un « alterquel » : une histoire qui se déroule sur deux époques, mêlant le présent (1990, juste après la bataille contre Hadès) et le passé (le XVIIIe siècle, lors de la précédente Guerre Sainte, déjà relaté dans The Lost Canvas). L’intrigue repose sur un voyage dans le temps : Saori/Athéna et Shun d’Andromède remontent le temps pour sauver Seiya, condamné par la malédiction de l’épée d’Hadès. Ils se retrouvent ainsi plongés dans une guerre sainte où ils côtoient les incarnations passées des Chevaliers d’Or et de Bronze, dont Tenma, le Pégase du XVIIIe siècle, ami d’enfance d’Alone, l’hôte d’Hadès.
Cette structure narrative audacieuse permet à Kurumada de revisiter les grands thèmes de Saint Seiya : l’amitié, le sacrifice, la loyauté, mais aussi la trahison et la rédemption. Elle offre également une occasion unique de combler les lacunes du Tenkai-hen Jôso, dont Kurumada lui-même a reconnu les limites. En effet, le film, censé introduire la guerre contre les dieux de l’Olympe, a été un échec commercial (plus qu’artistique), poussant l’auteur à reprendre les rênes et à proposer sa propre vision.
Une œuvre testamentaire : Kurumada face à ses démons
Next Dimension est bien plus qu’une simple suite. C’est une œuvre introspective, où Kurumada aborde ses propres angoisses : la vieillesse, la maladie, la mort. Le mangaka, alors sexagénaire, souffre de graves douleurs articulaires et de problèmes de santé qui ont ralenti la publication du manga. Ces épreuves transparaissent dans l’histoire, notamment à travers le personnage d’Odysseus, le 13e Chevalier d’Or du Serpentaire, dont la résurrection symbolise à la fois la quête de pouvoir et la peur de la finitude.
Le voyage dans le temps n’est pas qu’un simple artifice scénaristique : il reflète la propre quête de Kurumada, qui revisite son passé pour mieux l’assumer. Les références à la mythologie grecque, aux quatre portes de Bouddha (vieillesse, maladie, mort, vie), et aux dilemmes moraux des personnages sont autant de métaphores de la condition humaine. Le Sanctuaire, lieu emblématique de la série, devient le théâtre d’une introspection collective, où chaque personnage est confronté à ses choix, ses regrets et ses espoirs.

Les forces de Next Dimension : une épopée visuelle et émotionnelle
Malgré un rythme de publication irrégulier et des incohérences narratives (comme le traitement du Chevalier du Cancer ou la passivité de certains personnages), Next Dimension brille par sa capacité à captiver les fans. Les combats sont épiques, les enjeux dramatiques, et les révélations sur le passé des Chevaliers d’Or (comme Shion, Dohko ou Shijima) apportent une profondeur nouvelle à l’univers de Saint Seiya.
L’introduction du 13e Chevalier d’Or, Odysseus, est un coup de maître. Ce personnage complexe, à la fois sauveur et destructeur, incarne les contradictions de la nature humaine. Son rôle central dans l’intrigue permet d’explorer des thèmes comme la rédemption, le pouvoir et la folie, tout en préparant le terrain pour la future guerre contre les dieux de l’Olympe.
La publication en couleur, bien que parfois critiquée par les puristes, offre une expérience visuelle riche et moderne, tout en respectant l’esthétique classique de la série. Les éditions Panini Manga ont d’ailleurs réalisé un travail remarquable, avec des couvertures semi-rigides et un papier glacé qui mettent en valeur les dessins de Kurumada.

Les critiques et les limites : un héritage controversé
Next Dimension n’a pas échappé aux critiques. Certains fans reprochent à Kurumada d’avoir trop étiré l’intrigue, avec des arcs narratifs redondants et des personnages secondaires peu développés. La fin, en particulier, a divisé : après 118 chapitres et 17 ans de publication, certains estiment que le réveil de Seiya et la résolution de l’intrigue sont trop rapides et peu satisfaisants.
D’autres, comme moi, y voient une œuvre ambitieuse, porteuse d’un message fort. Next Dimension n’est pas parfait, mais il a le mérite d’exister, de prolonger l’aventure des Chevaliers du Zodiaque et de préparer le terrain pour Saint Seiya THEN, la suite tant attendue qui mettra enfin en scène la guerre contre Zeus et les dieux de l’Olympe.
Next Dimension et l’avenir de la franchise avec Saint Seiya THEN
Avec l’annonce de Saint Seiya THEN, Kurumada confirme qu’il n’a pas dit son dernier mot. Après plus de 40 ans, l’univers de Saint Seiya continue de s’enrichir, de surprendre et d’émouvoir. Next Dimension aura été un long préambule, une œuvre de transition qui a permis de poser les bases pour les combats épiques à venir.
En tant que fan, je ne peux qu’être reconnaissant envers Kurumada pour avoir osé revenir sur son œuvre, malgré les défis personnels et artistiques. Next Dimension est un testament, une lettre d’amour adressée aux fans, une preuve que l’esprit des Chevaliers du Zodiaque est toujours vivant.

Conclusion : un héritage à chérir
Saint Seiya Next Dimension est une œuvre à part, à la fois ambitieuse et imparfaite. Elle incarne les espoirs, les doutes et les rêves de son auteur, tout en offrant aux fans une plongée nostalgique et émotionnelle dans l’univers qu’ils aiment. En attendant la suite (Saint Seiya THEN), dont on espère que la publication sera moins érratique et ira à son terme plus rapidement. Au vue de l’âge de l’auteur, ce sera probablement son trait final sur la série.
Car au fond, comme le dit si bien Kurumada : « Un testament n’est pas une fin, c’est un témoignage. » Et Next Dimension est bien plus qu’un simple manga : c’est un héritage, une promesse, et une invitation à croire que l’aventure des Chevaliers du Zodiaque est loin d’être terminée.
D’ailleurs comment ne pas espérer une adaptation animée de cet arc maintenant qu’il est terminé ?
Et vous, chers lecteurs, quel est votre avis sur Next Dimension ? Avez-vous été conquis par cette suite, ou déçus par certains choix narratifs ? N’hésitez pas à partager vos impressions en commentaires !