Il y a quelques années, le 1ᵉʳ avril 2021, j’avais publié ici un canular : Universal ouvrait un parc à Paris, sur le Triangle de Gonesse profitant de l’arrêt du projet Europa City. Et il y a cinq ans, au sortir d’Universal Studios Japan, j’écrivais noir sur blanc : « ça fait toujours plaisir d’aller dans un parc Universal, surtout qu’on n’en a pas en Europe. »
La phrase n’a pas bien vieilli — et c’est une excellente nouvelle. Universal construit bel et bien son premier parc européen. Plus au nord que mon canular, beaucoup plus grand, et cette fois ce n’est pas une blague. Voici ce que l’on sait vraiment, ce qui relève encore de la rumeur, et pourquoi ça agite tout le monde — Disneyland Paris compris.

Ce qui est officiellement confirmé
Le projet a désormais un nom officiel, dévoilé le 3 juin 2026 avec son logo : Universal United Kingdom Resort. Un projet à 6 milliards de livres, présenté au 11 Downing Street en présence de la chancelière Rachel Reeves et de la secrétaire à la Culture Lisa Nandy — autant dire que Londres y tient.
Ce qui est acté :
- Où : à Bedford, sur un ancien site de briqueterie au sud de la ville, à 45 minutes de Londres avec des liaisons ferroviaires rapides.
- Quand : ouverture visée en 2031. La construction a démarré début 2026 après le feu vert réglementaire, deux grands constructeurs confirmés en février 2026.
- Quoi : un parc « world-class » à plusieurs univers immersifs, un hôtel de 500 chambres, un complexe commerces-restaurants-loisirs.
- Combien : Comcast NBCUniversal engage plus de 5 milliards £ sur les cinq ans de chantier, plus 1 milliard en capital sur les dix premières années.
- La portée : ce sera le 8ᵉ resort Universal au monde, et surtout le premier en Europe depuis 2004.
Universal a déjà eu un parc en Europe — et je l’ai arpenté
Ce « premier parc Universal en Europe depuis 2004 » mérite une note personnelle, parce que le dernier, je l’ai visité. C’était PortAventura, en Catalogne : Universal l’a possédé de 1998 à 2004, avant de se retirer pour recentrer ses investissements sur les parcs américains et asiatiques. Il en reste aujourd’hui Woody Woodpecker, seul rescapé de l’ère Universal.
Autrement dit : Universal quitte l’Europe en 2004… et y revient en 2031. La boucle aura mis vingt-sept ans à se boucler. Le temps que le marché des parcs à thème en Europe murisse, et arrête de faire peur (rappelons que beaucoup ont fermé leurs portes, Mirapolis, Zygofolies, et qu’Euro Disney n’était pas loin du désastre financier).
Pour mesurer l’ampleur : ce que j’ai vu à Osaka et Orlando
On annonce 8,5 millions de visiteurs par an dès l’ouverture. Pour situer ce chiffre, un peu de vécu.
À Universal Studios Japan, en 2019, on logeait au Keihan Universal Tower, chambre avec vue plongeante sur le parc. Le parc est un quasi-clone de la version américaine — Hollywood, New York, un bout de Wizarding World, l’Amazing Spider-Man — mais avec Cool Japan, un mélange culture locale/ADN américain plutôt réussi : Sailor Moon en 4D, L’Attaque des Titans, Godzilla vs Evangelion. Le clou du séjour restait la parade nocturne Best of Hollywood (chars Harry Potter, Jurassic World, Transformers, Minions et projections sur les façades), et The Flying Dinosaur, une vraie claque. L’accueil japonais était parfait, avec un pass illimité quasiment obligatoire pour bien profiter, et des souvenirs inoubliables à la clé.
À Orlando, on avait fait les deux parcs d’Universal et logé au Cabana Bay Beach Resort, un hôtel rétro qui reste l’un des plus réussis qu’on ait testés. Et le Wizarding World of Harry Potter aux Islands of Adventure.
Viser 8,5 millions de visiteurs dès la première année, c’est quasiment le niveau d’un parc Universal américain mature — d’entrée de jeu. C’est ambitieux. On verra en 2031 si la promesse tient.
L’investissement est-il cohérent avec cette ambition ?
Pour saisir l’ampleur, la bonne comparaison n’est pas avec l’agrandissement d’un parc existant, mais avec la construction d’un resort entier, à partir de rien — car c’est ce qu’est Bedford.
À cette aune, Universal a dépensé ~7 milliards de dollars (~6,5 md€) pour Epic Universe à Orlando en 2025, et Disney ~5,5 milliards de dollars (~5 md€) pour bâtir tout le resort de Shanghai en 2016. Les ~7 milliards d’euros de Bedford le placent donc au sommet de cette catégorie : un vrai parc-phare, pas un avant-poste au rabais.
Le repère le plus parlant est d’ailleurs chez nous : Disneyland Paris, bâti de zéro en 1992, avait coûté environ 4,4 milliards de dollars — de l’ordre de 10 milliards actualisés aujourd’hui — et avait failli couler Euro Disney. Le dernier grand parc créé en Europe l’a donc été à un coût comparable, voire supérieur à Bedford : bâtir un parc de toutes pièces, c’est astronomique partout, pas seulement en France.
Attention en revanche à ne pas confondre avec les ~2 milliards d’euros que Disneyland Paris investit en ce moment : cette somme ne bâtit pas un parc, elle densifie un parc déjà existant (Adventure Way, World of Frozen, réhabilitation du Disney Village, bientôt Le Roi Lion). Elle « rend » beaucoup, justement parce que toute l’infrastructure lourde — terrain, hôtels, gare, coulisses — est là depuis longtemps.
(Montants à périmètres et devises comparables près : la livre est un chiffre officiel, les équivalents en euros et dollars sont des conversions approximatives, et les périmètres varient d’un projet à l’autre.)
Copier-coller, ou repenser pour l’Europe ?
Reste la vraie question, celle du pari industriel : Universal va-t-il dupliquer l’existant (peu de R&D, valeur sûre) ou repenser une partie de l’offre pour l’Europe (plus cher, plus risqué — le pari qu’avait fait Euro Disney) ?
L’histoire récente donne la recette. À Osaka, c’était un mix : un quasi-clone du parc américain plus une zone « Cool Japan » taillée pour le public local. À Pékin (2021), même logique : l’essentiel est cloné (Harry Potter, Jurassic World, Minions, Transformers), mais Universal y a créé Kung Fu Panda Land, son tout premier univers bâti sur une licence ancrée dans la culture chinoise — un land qui n’existe qu’à Pékin. La méthode Universal, c’est donc : cloner les valeurs sûres, et ajouter un ou deux univers taillés pour le marché.
Pour l’Europe, deux choses jouent en faveur du Royaume-Uni. D’abord, sa valeur sûre est déjà locale : le Wizarding World of Harry Potter — l’attraction phare qu’Universal duplique partout — est… britannique. Ici, le « copier-coller » le plus rentable est déjà du contenu du terroir. Mais c’est aussi là que réside toute l’ironie : Warner, qui possède Harry Potter et le licencie à Universal sans exclusivité, exploite déjà son propre Warner Bros. Studio Tour à Londres — à 45 minutes seulement de Bedford. Rien ne l’interdit juridiquement (Warner ouvre bien un land Harry Potter à Abou Dabi), mais rien ne garantit non plus que Warner veuille d’un Wizarding World concurrent si près de son joyau britannique. La franchise la plus évidente pour un parc britannique est donc, paradoxalement, celle dont les droits sont les plus disputés sur le sol britannique. À suivre de près. Ensuite, certaines licences majeures sont hors de portée, ce qui force un peu d’originalité :
- Marvel : non. Le seul parc Universal à exploiter Marvel, c’est Islands of Adventure à Orlando, via un contrat antérieur au rachat par Disney — perpétuel mais limité à cette région. Ailleurs, Marvel appartient à Disney. (C’est d’ailleurs pour ça que Walt Disney World, en Floride, ne peut toujours pas faire de Spider-Man : les droits d’Universal l’en empêchent.)
- Les Simpsons : quasi certainement non plus. Depuis le rachat de la Fox (2019), c’est Disney qui possède Les Simpsons. La licence d’Universal (Orlando, Hollywood) expire vers 2027-2028, sans clause de perpétuité, et Disney n’a aucun intérêt à la renouveler pour un concurrent — d’autant qu’un film Simpsons est prévu en 2027. Bedford ouvrant en 2031, après cette échéance : n’espérez pas de Springfield britannique.
Résultat : entre les valeurs sûres qu’il possède (Harry Potter — chez lui —, Jurassic World, Minions, Transformers, peut-être Nintendo) et les licences qu’il ne peut pas avoir, Universal sera poussé vers du contenu britannique et original. Ni copier-coller intégral, ni réinvention totale : un entre-deux, cloné sur ses valeurs sûres et anglicisé là où il le faut. Pour nous, Européens, c’est plutôt la bonne nouvelle.
Les attractions : ce qui circule, et ce qui n’est PAS confirmé
Soyons clairs, parce que c’est là que beaucoup d’articles s’emballent : aucun univers, aucune attraction n’est officiellement confirmé. Les rumeurs — reprises un peu partout — évoquent des franchises comme Paddington, James Bond, Harry Potter, Jurassic World ou les Minions, avec l’idée d’icônes britanniques à l’honneur. Mais à ce stade, Universal n’a rien acté. Des pistes, pas des promesses.
Notre vœu perso, lui, est assumé : du Nintendo. On a eu le nez creux de partir au Japon juste avant que le monde ne se referme — mais du coup, Super Nintendo World, qui devait ouvrir pour les JO de 2020, on l’a raté de quelques mois (le Covid l’a décalé à 2021). Depuis, il a essaimé à Hollywood puis à Orlando, toujours après nos passages. Autant dire qu’un Super Nintendo World à Bedford, à une heure de vol… on signe tout de suite. (Rien d’officiel, encore une fois — juste notre rêve le plus cher, tout à fait plausible néanmoins.)
Et pourquoi pas Doctor Who ? La franchise vient d’être lâchée par Disney+ (fin 2025, après deux saisons), et la BBC — qui la détient à nouveau seule — cherche justement un nouveau partenaire. Un univers Doctor Who apporterait au parc le supplément d’âme britannique qui lui irait si bien. On rêve, bien sûr — Universal n’a évoqué aucune piste de ce genre — mais c’est moins tiré par les cheveux qu’il n’y paraît.
Le vrai enjeu : Disneyland Paris ne peut plus se reposer sur ses lauriers
On pourrait croire que ce projet menace Disneyland Paris. Je le vois autrement : il l’explique en partie.
DLP reste le parc le plus visité d’Europe. Mais un Universal visant 8,5 millions de visiteurs viendrait se poser comme le nº2 du continent, sur le même terrain. Et ce n’est pas tout à fait un hasard si Disneyland Paris se réinvente en ce moment à coups de milliards. Après des années de sous-investissement, le second parc vient de vivre sa métamorphose en Disney Adventure World — World of Frozen, Adventure Way — et surtout, à l’horizon 2028, le land Le Roi Lion, un pari sur l’une des franchises les plus populaires et les plus intemporelles des studios Disney. La nº1 européenne joue clairement pour gagner.
Et comme je l’écrivais dans mon reportage sur Disney Adventure World, il reste de la place pour l’ambition : une ou deux zones supplémentaires sur ce second parc (Pandora, Encanto, Vaiana ?), et surtout le troisième parc promis dans la convention avec l’État français. C’est précisément là qu’Universal change la donne : une telle concurrence, sur le même marché, est exactement le genre de déclencheur qui pousse un géant à tenir ses promesses plutôt qu’à les reporter.
La première destination européenne ne peut plus se reposer sur ses lauriers : déjà fortement challengée par des parcs innovants qui investissent, comme le Parc Astérix, le Futuroscope, Efteling et Europa-Park, elle voit ce nouveau pôle de loisirs venir rebattre toutes les cartes. Et pour nous, visiteurs, c’est plutôt une excellente nouvelle : quand les géants se défient, ce sont les parcs qui montent en gamme. On espère surtout que cette rivalité restera saine — qu’elle tire tout l’écosystème des parcs européens vers le haut, plutôt que vers une simple surenchère.
En attendant 2031
2031, c’est loin. Nous pourrons suivre le chantier à distance et, je l’espère, être des premiers à vivre ces nouvelles expériences. D’ici là, depuis la France, Bedford sera accessible via l’aéroport de Luton (45 min de Londres), sauf si vous préférez le TGV ou le Ferry. Un futur concurrent sérieux pour un week-end parc — mais pas avant un moment.
Je suivrai le chantier de près. On y sera, comme toujours. Un jour ou l’autre.
Petit aveu : cet article est la version sérieuse d’un poisson d’avril publié le 1ᵉʳ avril 2021 — Universal débarquait alors à Paris. La réalité a fini par dépasser la blague.