anniegirardot.pngC’est par une alerte laconique sur mon iPhone, et le “cri” spontané de l’un de mes collègues, que j’ai appris que l’actrice Annie Girardot nous avait quitté. D’elle, de mes 30 ans, j’avoue ne presque rien connaître et je m’en veux. Normal le cinéma français l’a abandonné, comme le rappel le discours plein d’émotion qu’elle a tenu aux Césars en 1996 lorsqu’elle a reçu le prix du meilleur second rôle dans “Les Misérables” : “Je ne sais pas si j’ai manqué au cinéma français, mais le cinéma français m’a manqué… follement… éperdument… douloureusement… Votre témoignage, votre amour, me font penser que peut-être, je dis bien peut-être, je ne suis pas encore tout à fait morte.” 

Certes, lorsque j’étais enfant j’ai découvert Annie Girardot, avec ma grand-mère sur un téléfilm d’été sur TF1. Plutôt réducteur pour une actrice qui a joué avec Gabin, Ventura, Delon, Belmondo, De Funès et tant d’acteurs et d’actrices que l’on reconnaît volontiers aujourd’hui comme des “monstres sacrés”. Wikipédia m’apprend même que l’année de ma naissance (1979) elle était l’artiste la plus appréciée des français. Mais c’est comme ça, on l’a traité d’has been, elle qui était très populaire dans les années 70, et on a marché dedans préférant adorer des “starlettes”. Faut-il qu’une artiste telle qu’Annie Girardot disparaîsse pour que l’on se souvienne d’elle et que l’on reconnaisse pleinement son talent ? C’est souvent le cas. 

Aujourd’hui c’est la journée de la femme, et cette actrice a aussi porté par ses interprétations des combats pour les femmes. 

Mais sa disparition pose une autre question, puisqu’elle était atteinte de la terrible maladie d’Alzheimer depuis 5 ans. Je dis terrible, car c’est de loin celle qui me fait le plus peur, même si des maladies horribles la terre en porte beaucoup… Faut-il qu’une personnalité de cette envergure soit atteinte de la maladie pour qu’on en parle ? C’est l’impression que laisse son décès. J‘en parle d’autant plus que ma mère est “assistante de vie” et qu’elle parle, mieux que beaucoup de pseudos experts, des personnes âgées, parfois atteintes de cette maladie, qu’elle accompagne au quotidien pour une reconnaissance morale et financière de l’agence qui l’emploie que l’on peut qualifier de minables ! Et je pèse mes mots. Une honte.

Annie Girardot devient donc, à son insu, un symbole notamment via un documentaire nommé “Ainsi va la vie” de Nicolas Baulieu diffusé une première fois le 21 Septembre 2008, à l’occasion de la journée mondiale d’Alzheimer. Dans ce documentaire, rediffusé la semaine dernière, on assiste dans des séquences très émouvantes, accompagné de la voix off de l’actrice Claire Keim, aux dégats de la maladie sur cette femme. On la voit en permanence avec 2 assistants, présents pour l’aider à vivre.

La dernière séquence, où elle oublie la présence de la caméra “Place des Vosges”, est emblématique. Elle est “seule”, sur un banc, parle à une fan qui dit beaucoup l’aimer, et croit être seule et abandonnée. Aussi la dernière scène que ses proches lui ont fait tourner est bouleversante avec ces mots qu’elle n’arrive pas à prononcer “Madame, vous perdez la mémoire. Elle ne reviendra jamais”. La scène est visible ici. Annie Girardot, cette actrice que tous les hypocrites adulent aujourd’hui, est décédée quelques années plus tard, à l’hôpital, en ayant oublié tout d’elle et de sa vie d’actrice.

Un autre film, un long métrage cette fois, traitait intelligemment de cette maladie : “Se souvenir des belles choses” de Zabou Breitman avec Isabelle Carré et Bernard Campan. Un film magnifique.

Etre totalement dépendant, avoir des moments d’absence de plus en plus longs, ne plus se souvenir de son histoire, et de ceux que l’on aime ou que l’on a aimé, c’est une fin de plus terribles n’est ce pas ? N’est-on pas déjà mort avant l’heure ? Terrible pour soi, et tout aussi effroyable pour ceux qui nous aiment et souvent se sacrifient. Est-on encore vivant lorsque l’on ne sait plus rien de sa vie, et que l’on est sans défense, dépendant. 

Si cette maladie est la troisième cause d’invalidité pour les plus de 60 ans, elle touche aussi, plus rarement, des personnes plus jeunes. Les scientifiques, de ce que j’en ai lu, ne semblent pas sûrs des causes, et n’ont pas d’autres traitements que palliatifs. On parle de l’âge, de facteurs génétiques, du fait de vivre dans un pays industrialisé, le mercure notamment utilisé pour les soins dentaires, du tabagisme (on sait qu’Annie Girardot était une grande fumeuse), de l’alcoolisme… 

Un projet canadien de l’Alzheimer Society of Montréal Zero, tend à nous faire prendre conscience des ravages de cette maladie en utilisant une analogie avec un smartphone dont on priverait de mémoire… C’est ici. Les nouvelles technologies sont aussi utilisées dans le domaine de la recherche avec le projet NeuGRID mais on peut aussi imaginer que les robots aidants vont avoir un rôle à jouer également. Dans une société veillissante telle que la notre, la dépendance est un sujet central et majeur.  

Et pour conclure, pour se souvenirs d’Annie Girardot, voici une petite vidéo retrospective. Un bel hommage pour se souvenirs du meilleur.