“Sugoooooooooiiii !! Hikôki ?!” 😀

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Une tour mystérieuse, bâtie après la séparation géopolitique du Japon, se dresse à Hokkaido. Hiroki et Takuya, lycéens et meilleurs amis du monde caressent le rêve de voler un jour vers cette tour… par delà les nuages. Pour cela ils travaillent dans une fabrique d’armes qui leur permet de financer la construction d’un avion. Leur jeune et belle camarade de classe Sayuri qui ne laisse pas Hiroki indifférent découvre leur petit projet et aimerait elle aussi voler avec eux. Le rêve devient une promesse entre les trois adolescents…
Trois années plus tard Takuya partage ses études dans un lycée de renom et ses recherches dans un laboratoire militaire qui étudie cette fameuse tour. Hiroki lui, vit seul à Tokyo.

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La gestation de Kumo no Mukou fut non sans péripéties. Au départ pensée pour être un nouveau moyen métrage de 30 minutes), la dernière histoire de Makoto Shinkai a fini par devenir un film d’animation d’une heure trente. Sur ce projet plus ambitieux que ne le furent Kanojo to Kanojo no Neko (sa première réalisation) et Hoshi no Koe Shinkai abandonne sa casquette de « One man show » et s’entoure d’une équipe plus conséquente, le tout toujours sous la houlette de CoMIX Wave. Il reste quand même le grand chef un peu à la Miyazaki et occupe les « postes clés » (auteur original, réalisateur, chara design, story-board). Tenmon quant à lui re-signe pour la bande originale. Le film achevé en 2004 a été proposé en projection en novembre dans quelques salles seulement. Le dvd lui est sorti le mois dernier au Japon.
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Qui dit moyens humains et financiers plus importants dit meilleure réussite technique. Et sur ce plan, Kumo no Mukou dépasse de loin Hoshi no Koe (qui était déjà de très bon niveau). On y retrouve pas mal des éléments qui émerveillaient dans son ainée : sa façon de jouer avec la lumière, les rayons du Soleil, les décors qui y baignent, sa façon de parer le ciel de mille couleurs, toutes les scènes qui se déroulent dans les grands espaces d’ « Enzo » constituent un vrai régal pour les yeux. Ajoutez au tout une intégration parfaite des images 3D et vous avez une belle claque visuelle. Encore une fois on pourra reprocher un chara design un peu simpliste mais ce serait pinailler pour pas grand chose.

Concernant l’histoire elle même, la durée trois fois plus longue qu’Hoshi no Koe laisse place à une trame de fond plus élaborée et travaillée. Le contexte de l’histoire se la joue Jin Roh « hypothétique post seconde Guerre Mondiale ». En effet à la manière de l’Allemagne divisée politiquement en deux, un double Japon dont la partie sud est sous contrôle Etasunienne et étudie cette fameuse tour de l’Union (Union est le terme qui désigne la partie Nord du Japon). Des tensions entre les deux Japons naîtra un conflit armé qui entraînera nos héros.

Ce fond plutôt intéressant est tout de même le maillon faible du film. Non pas dans son contenu mais dans la façon dont il est introduit. En fait on peut scinder la narration du film en 4 parties. La première très chaleureuse aborde un ton nostalgique nous donne une belle impression de « rêve éveillé ». Cette partie s’interrompt assez brutalement pour laisser place à une sorte de « retour à la réalité » qui se vit plutôt mal. (imaginez un rêve agréable dont votre pire ennemi, l’alarme de votre réveil, vous expulse). La cassure de ton est trop nette et la mise en place des tenants et aboutissants militaires se font assez lourds dans la quantité d’information que l’on doit éponger en l’espace de 15 minutes. Un deuxième visionnage n’est pas de trop pour les saisir complètement. Suivent une partie plus mystérieuse et nostalgique avant le fantastique dénouement.

Le cœur de Kumo no Mukou n’est pas si différent vu de près à celle de Hoshi no Koe. Les bases de l’histoire sont les mêmes : deux jeunes gens, une séparation, une promesse, des sentiments inavoués. Mais la magie opère toujours et la narration pleine de sensibilité de Shinkai (bien aidé par ses dialogues) font le reste. Charmé donc par cette petite histoire, il est difficile de ne pas avoir le cœur serré les 15 dernières minutes du film pour complètement craquer à la scène finale vraiment sublime. Il y’ a une autre scène forte un peu avant, elle aussi magnifiquement portée par la musique de Tenmon mais je ne dirais pas plus.
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Un dernier mot sur la musique. Elle est sans prétention, simple dans ses instruments mais accompagne plus que bien les images. Prises hors film elles restent agréables à l’écoute, le thème principal très enchanteur trottera dans vos têtes quelques temps… ou alors ce sera peut être la magnifique chanson thème du film, Kimi no Koe (dont les paroles apportent beaucoup à la compréhension de la fin).
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Au final le premier film de Shinkai est une magnifique réussite. Réussite technique même sans atteindre les coups de frime techniques à gros budget qu’étaient Innocence et Steamboy. Mais contrairement aux deux films sus cités, Kumo no Mukou a un cœur et une sincérité qui ne peut que toucher. Son histoire, ses personnages, son final magistral qui ne sombre pas pour autant dans le « facile Walt Disney » en font pour moi le meilleur film d’animation de l’année 2004. A voir donc absolument !!
Le film a d’ailleurs été récompensé au Japon par le journal Mainichi Shimbun de l’Animation Film Award,une récompense qui, je l’espère en appellera d’autres qui inciteront les éditeurs à s’y intéresser.

L’éditeur américain ADV annonce une sortie Z1 du film pour le 12 juillet. En France c’est Asian Star qui s’en occupera. YOUPI !! 🙂