ALZHEIMER : Adapter sa communication pour comprendre et se faire comprendre de la personne aidée.


Les aide-mémoires :

Je pars à midi et je reviens en fin d’après-midi.
Avec l’évolution de la maladie quand j’arrivais à 16h30 la personne aidée était déjà très agitée. Perdue, elle pensait qu’elle revenait de l’hôpital et passait des coups de fil sans fin en mon absence, pour prévenir qu’elle venait de rentrer à la maison. Un jour, des voisins ont prévenu la gardienne qu’elle venait sonner dans l’après-midi pour leur dire qu’elle était rentrée de l’hôpital.

On avait beau lui dire oralement, elle faisait une fixation sur son idée comme c’est souvent le cas avec cette maladie.
La personne aidée ne mémorisant pas la communication verbale, je me suis adaptée en scotchant des mots au gros feutre noir à côté du téléphone :
« Madame … vous n’étiez pas à l’hôpital. Je suis venue vous voir ce matin et je reviens à 16h30».

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Quotidiennement je remettais ce mot, ainsi que d’autres aide-mémoires que j’ai pris l’habitude de mettre un peu partout. Pendant des jours et des jours, la personne aidée me les détachait avant de finalement finir par les laisser et les lire. Grâce à cela, quand je revenais à 16h30, elle était calme.
J’ai aussi pu remarquer qu’il faut toujours mettre les aide-mémoires là où la personne va les lire. Dans cet exemple c’est à côté du téléphone. Il faut savoir que l’acceptation ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut beaucoup de persévérance et ne jamais s’avouer vaincue.

L’accompagnement avec les gestes :

Quand la personne aidée ne sait plus où se trouve sa salle de bains ou qu’elle persiste dans l’idée qu’elle veut se recoucher et ne pas faire sa toilette, je reste derrière elle, je la suis et je l’accompagne avec les gestes.

Elle me remercie en une caresse de la main :

Je ne suis pas le genre de personne qui donne de telles marques de tendresse à une personne aidée… Je trouve ça même dérangeant quand ce n’est pas de la famille. Moi-même je n’aime pas trop qu’on me touche et âgée je ne suis pas certaine du tout que je l’apprécierais. Je pense qu’il faut garder une certaine distance et que ce geste doit être réservé pour l’enfant à son parent ou dans les cas où la personne ne peut plus engager de dialogue. C’est mon point de vue personnel. Mais la personne aidée aujourd’hui pour me remercier d’être près d’elle, me le manifeste en me caressant la main et me dit « Heureusement que vous êtes là ! ». C’est sa manière à elle.

Comment nous avons adapté notre communication à l’évolution de son état.

Nous notons dans son agenda personnel, les prénoms des membres de notre équipe et nos horaires. Une nouvelle intervenante a rejoint l’équipe à un moment délicat, nous venions de retirer les clés de notre patiente qui allait sonner aux portes de voisins qui nous ont prévenu. Lors de promenades nous avions aussi remarqué qu’elle n’arrivait plus à s’orienter dans son propre quartier.
Un jour je l’ai surprise sortant et prétextant qu’elle allait voir la voisine du dessous pour lui demander si le son de sa télévision n’était pas trop fort. Une autre fois elle était sortie laissant sa porte d’entrée grande ouverte. Nous avons du intervenir et nous avons fini par retirer ses clés pour la protéger de peur qu’elle ne se perde à l’extérieur.

Elle est allée jusqu’à soupçonner la nouvelle intervenante de le lui avoir pris et à fouiller dans son sac.
J’en ai parlé à l’orthophoniste qui a suggérée de mettre une photo d’identité à côté de nos prénoms et de nos fonctions. J’ai demandé à ma nouvelle collègue de collaborer avec nous et de préparer cette feuille. Elle l’a très bien fait avec de jolies couleurs et depuis tout se passe bien. Quand la personne aidée regarde l’agenda à côté de moi et qu’elle me demande qui est cette personne qui va venir, je lui sors ce document. Elle regarde alors attentivement la photo et me dit qu’elle s’en souvient.


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Remarque : Au lieu de lui donner directement la solution, je la fais toujours travailler en lui disant qu’elle doit regarder son agenda. Elle me dit que je suis dure. Mais j’ai constaté que bizarrement la réponse pouvait jaillir sans qu’elle ne s’en serve. Comme quoi, la réserve de mémoire ou d’autres circuits peuvent fonctionner !
Et je rappelle, comme vous pouvez le lire, c’est toujours un travail d’équipe.

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A propos de ALTURAYYA - Chantal Panas

J’affine mes connaissances au travers de supports écrits, réalisés en films ou en livres : récits documentaires ou fictifs, biographies, divertissements…

De nature éclectique, j’aime voyager par l’esprit, à destination de contrées proches et lointaines, présentes ou passées, qui me permettent de mieux appréhender l’Homme et le fil de son Histoire (culture, éducation, épreuves…)

J’ai hérité d'une forte mémoire auditive qui m’aide considérablement à trouver rapidement l'essence du message que l’auteur a voulu nous transmettre.

J’aime faire des découvertes et rencontres (avant-premières, masterclass) qui me permettent d'affûter mon esprit d’analyse ou mon imaginaire. Je suis ouverte au monde.

Mon but c’est de pouvoir me réaliser dans l’écriture, en complément de mon travail de cuisinière (je me passionne pour l'art culinaire). J'ai également une expérience de 8 années comme auxiliaire de vie auprès de personnes atteintes de troubles mnésiques, AVC et Alzheimer.

Vous pouvez m'écrire sur chantal@reves-connectes.com et me suivre sur mon blog alturayya.reves-connectes.com